Les entreprises indonésiennes au cœur de la transition verte
Si l’on regarde par pays, les entreprises indonésiennes ont été les plus performantes de la stratégie 'Asia ex Japan' de Baillie Gifford en 2022. « Notre conviction pour ces entreprises vient en partie de la façon dont le gouvernement indonésien maximise le potentiel de ses abondantes matières premières. Qui incluent notamment des matières premières essentielles à la transition mondiale vers des technologies à faible émission de carbone », explique Roddy Snell, Investment Manager Emerging Markets.
Le quatrième pays le plus peuplé du monde bénéficie d'un boom mondial de ressources qu'il possède en abondance. Outre le nickel - l'Indonésie extrait plus de nickel que les trois plus grands pays producteurs suivants réunis - il s'agit du pétrole, du cuivre, du cobalt, de la bauxite, de l'huile de palme et du caoutchouc. La « transition verte » serait presque impossible sans les propriétés conductrices du cuivre, par exemple. Les ingénieurs l'utilisent pour améliorer l'efficacité des panneaux solaires, des éoliennes et des installations hydroélectriques. Ils utilisent le cobalt pour produire les aimants d'éoliennes ou fabriquer du biogaz.
Ressources naturelles
L'abondance de cobalt et de nickel fait de l'Indonésie un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement en batteries pour véhicules électriques (VE). Ses responsables politiques cultivent depuis longtemps de bonnes relations avec l'Occident et la Chine, ce qui élargit l'éventail des clients potentiels. « Le président indonésien Joko Widodo a également encouragé, par une méthode peu orthodoxe, un mouvement vers le haut de la chaîne de valeur. Après son élection en 2014, il a interdit certaines exportations de matières premières non transformées, à commencer par le minerai de nickel. Cela a obligé les entreprises étrangères à transformer les ressources au sein de parcs industriels locaux afin que l'Indonésie puisse tirer davantage de valeur de ses ressources naturelles », explique M. Snell.
Extraction de nickel
Des entreprises telles que Merdeka Copper Gold soutiennent cette évolution. Merdeka développe un projet de nickel dans le sud-est de Sulawesi, comprenant une mine et deux nouvelles fonderies de nickel, en partenariat avec un fabricant de batteries basé à Hong Kong. Les dirigeants de la société indonésienne ont de solides antécédents et elle est soutenue par des actionnaires bien connectés. Merdeka et d'autres valeurs en portefeuille comme Nickel Mines et Vale Indonesia illustrent le potentiel du pays en termes de matières premières « vertes ». Bien que l'Indonésie soit un gros émetteur de gaz à effet de serre parce qu'elle brûle du charbon pour produire de l'énergie, elle promeut agressivement son potentiel d'investissement dans l'énergie hydroélectrique, éolienne, solaire et géothermique, ainsi que son engagement à atteindre un niveau d'émissions nettes nulles d'ici 2060.
Production de batteries
Jusqu'à présent, la politique du président Widodo sur es matières premières a attiré 25 milliards de dollars d'investissements étrangers. La société chinoise CATL et la société sud-coréenne LG Energy font partie des entreprises qui construisent des usines de transformation locales. Le gouvernement négocie actuellement avec Tesla la construction d'une « gigafactory » pour la fabrication de voitures, et a déjà signé un accord de 5 milliards de dollars pour approvisionner le fabricant de véhicules électriques en produits à base de nickel. M. Snell : « Nous voyons davantage d'investissements directs étrangers dans des endroits tels que le parc industriel de Tanah Kuning. Sa construction à Bornéo couvre 30.000 hectares, soit environ deux fois la superficie de la Région de Bruxelles-Capitale. Il s'agira du plus grand site de ce type au monde alimenté par des énergies renouvelables (hydroélectricité et énergie solaire) et spécialisé dans la production de batteries. »
Connectivité
Le taux de croissance impressionnant du PIB de l'Indonésie vient non seulement du succès des mineurs et des transformateurs de minerais, mais aussi des entreprises qui profitent de l'augmentation de la consommation interne. Sa population d'un quart de milliard d'habitants est jeune et la classe moyenne se développe. « L'un des bénéficiaires est PT Bank Rakyat Indonesia, que nous considérons comme la meilleure entreprise de microcrédit de tous les marchés émergents. Son réseau d'agences, qui couvre les nombreuses îles du pays, est pratiquement impossible à reproduire pour ses rivaux. Des décennies de données sur les clients et une très bonne connaissance du terrain lui permettent de fixer le prix des prêts de manière efficace et rentable. Nous prévoyons une forte croissance pour les décennies à venir », déclare M. Snell.
Astra International profite également de la marée montante de la prospérité. Ce conglomérat bien géré distribue des voitures et des camions, vend des services financiers et loue des équipements industriels lourds. Il détient une part de marché importante et compte Toyota, BMW et Honda parmi ses partenaires.
Le président Widodo a réussi à déréglementer l'économie et à assainir les entreprises publiques. Entre-temps, l'internet et les smartphones ont atténué les inconvénients d'un pays qui s'étend sur 17.500 îles souvent montagneuses et couvertes de jungle. Snell : « En effet, Jakarta est aujourd'hui l'un des principaux incubateurs d'entreprises technologiques dans la région. Depuis l'élection de Widodo en 2014, il a supervisé l'achèvement de 2.000 km de routes. C'est deux fois et demie plus que ce que ses prédécesseurs ont réalisé au cours des trois décennies précédentes. À cela s'ajoutent de nouveaux ports, aéroports et barrages hydroélectriques. L'amélioration des systèmes de transport de masse a allégé le trafic tristement célèbre de Jakarta, et Java dispose désormais de la première liaison ferroviaire à grande vitesse du pays. Après des décennies au cours desquelles ses performances n'ont pas été à la hauteur de sa taille et de ses ressources naturelles, l'Indonésie est enfin sur la bonne voie ».

Serge Vanbockryck